#VendrediLecture avec Bernard Charbonneau




[...] Il est moins cinq si l'on veut sauver ce qui reste de la campagne : avant vingt ans elle ne sera plus qu'une décharge ou un décor. Et alors prendront fin non seulement le bocage et le village, mais cette greffe des hommes et du lieu qui fait la diversité et la saveur de la terre. Ce qui est en cause, c'est l'habitat et l'habitant : le mariage de l'homme et du pays qui fait la maison, le mets, le paysage. Peut-être faut-il changer, mais alors que nous propose-t-on à la place ? Quel ersatz de vin, de gibier, de soleil ou de mer ? 

Ce qui est en jeu, ce n'est pas un floklore que l'on met en bocal pour le vendre aux touristes le long des autostrades mais l'essentiel de la vie : ses nourritures, ses plaisirs et son sens, - casser la croûte, boire à la source, s'en mettre plein la vue et les poumons. Surtout, changer, sortir de son trou, qui est aujourd'hui de béton, pour aller voir ailleurs. La cause des paysans est aussi celle des gens des villes condamnés sans campagne à périr peut-être d'étouffement et sûrement d'ennui. Si l'on n'en préserve qu'un coin, il faudra faire la queue au tourniquet. Il est vrai que les riches auront toujours leur Deauville à quelques heures d'avion. 

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C'est au citadin de rappeler aux gens de finance et de pouvoir que la grande aventure du millénaire : le passage de la société agro-pastorale à ce qui suivra, ne se ramène pas à un simple calcul de rendement à l'hectare. Si l'on évalue les gains et les coûts, que l'on tienne au moins compte de tous. C'est-à-dire : a) de la saveur des produits de la terre - b) de l'entretien de "l'environnement" et de la variété des ethnies et des cultures rurales. [...]


Bernard Charbonneau, Notre Table rase, 1974

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